Les moteurs bourdonnent déjà. L'avion m'attend sur la piste, j'entreprends de m'y diriger, puis d'y grimper tant bien que mal, emmitoufflée dans une combinaison dont le col me râpe le menton et et arnachée d'un tel fatras que mon poids s'en trouve alourdi de plusieurs kilos.
Je prends place à côté des autres, mes mains agripant instinctivement tout ce qui est à leur portée. Je suiS dans un piètre état. Mon front, ma lèvre supérieure et mes paumes sont recouverts d'un fine pellicule de sueur froide. La transpiration de mes aisselles me picote et je sens mes chaussettes humides dans mes baskets. La moiteur m'envahie complètement, si bien que les fins cheveux poussant sur le pourtour de mon front se sont mis à frisotter nerveusement. Mais cela n'aurait pas été dérangeant si ça avait été les seuls symptômes de mon stress grandissant.
Hélas ! Si on descends plus au sud de mon anatomie, on prend conscience du cataclysme qu'il provoque en moi : je ne cesse de déglutir continuellement , ma gorge étant irritée par les remontées acides en provenance de mon estomac affolé. D'étranges déplacements d'oragnes me chavirent l'abdomen. Mon ventre me fait atrocement souffrir. D'insensés remous en agitent la surface, d'ordinaire si paisble. Mes entrailles sont compressées, écrasées par une force mystérieuse et maléfique qui m'ordonne d'avoir peur.
Et de me vider, accessoirement.
Je suis obligée de contracter les muscles de mon postérieur pour empêcher l'arrivée imminente de quelque matière, me balançant d'un esquion à l'autre. Exactement comme si j'avais été en face d'une créature franchement bandante, se penchant vers moi pour me murmurer d'étranges paroles au creux de l'oreille, rendues incompréhensibles par le désir brûlant me tordant le ventre.
Diahrée émotionnelle.
Tout va trop vite. Je me retrouve soudain devant la porte, le visage giflé par le vent mugissant qui s'engouffre dans l'habitacle de l'avion. Une vive poussée au milieu du dos venue de nulle part me fait perdre l'équilibre et je suis précipitée dans le vide. Je bascule tête la première et me met à tournoyer dans les airs. Je n'ai plus aucun contrôle. La peau de mon visage fait des vagues autour de ma bouche, et mes délicates esgourdes sont traumatisées par l'insupportable vacarme dont je suis entourée. Mon coeur pusle en hurlant de détresse. Il projette dans mes membres une substance de torture : l'adrénaline. Un long ruban douloureux parcoure mes veines et contracte anarchiquement mes muscles. Tout en moi n'est qu'affolement et crispation. Je me débats dans les bras d'un nuage invisible, en tombant sans fin dans l'immensité du ciel bleu.
Soudain mes pieds touchant terre brutalment. Je ne sais pas comment mon calvaire a pris fin mais il m'a semblé durer des heures. Hors de moi, j'arrache la combinaison qui m'étouffe. Puis mon tee-shirt et le reste de mes vêtements. Je suis bouillante de rage et me met à courir droit devant moi en maugréant des insultes inintélligibles à la terre entière, pour apercevoir à quelques centaines de mètres un jardin grillagé où scintille un rectangle turquoise. Je fonce vers la clôture, l'escalade promptement en agripant le grillage de mes orteils désormais nus. Je retombe lourdement de l'autre côté, en m'éraflant un coude au passage, et me relève immédiatement en m'élançant vers la miroitante surface devant moi. Je percute la placide matière dans un jet d'éclaboussures et m'y enfonce lentement.
In stantanément, la rage qui me faisait fulminer quelques secondes plus tôt s'estompe. Passés les frissons des premières minutes, l'étreinte aquatique dans laquelle je baigne m'apaise. Comme si la pression de l'eau me forçait à me calmer. Le vide se fait dans mon esprit, je suis sereine. Mes déplacements se limitent à la poussée des jambes au fond de la piscine pour aller inhaler la goulée d'air que réclament mes poumons, et au léger mouvement des bras nécessaire pour regagner le fond. Mes bras s'enroulent autour de l'échelle metallique afin de me maintenir le plus loin possible de la surface.
Petit à petit, je repense à ce stupide saut. Et dire que c'est moi qui l'ait voulu ! Je sais pourtant bien que ce n'est pas quelque chose pour moi. Sur terre, je me sais pataude et lourde de gaucherie. En l'air je me suis découverte paniquée à l'extrême. Moi, mon élément c'est l'eau, cette masse bienveillante et tranquille qui soutient et prodigue mille et une caresses sur tout le corps en même temps. L'eau, dont le clapotis joyeux de la surface et le silence opressant du dessous ne peuvent que réjouir l'âme. Impossible de chuter, le haut et le bas se mélangent, se confondent et fissent par ne plus exister. Tous les gestes sont executés au ralentit, la disparition partielle de l'attraction terrestre donnant lieu à la réalisation de toutes les fantaisies gigotantes prohibées à la surface, executées dans la joie la plus pure et sans souffrance aucune.
Le seul obstacle à une éventuelle communion complète avec l'eau est le manque d'air. Ce sentiment de vide à combler de toute urgence, avant qu'il n'aspire les poumons, est insoutenable. Mais mieux vaut mourir noyée, privée à jamais de l'oxygène vitale, plutôt que de subir une seconde fois cette atroce chute, cette violente agression qui déforme le visage. Plutôt que d'acceuillir à nouveau ce jet palpitant d'adrénaline dans ma poitrine, qui emballe le coeur et tord les tripes, qui mouille les mains et les dessous de bras, qui laisse exangue, vidée de toute énergie, qui retourne les sens. Le profond malaise qui enr ésulte donne envie de se tordre furieusement dans tous les sens en geignant d'inconfort.
Du fond de mon refuge liquide, je m'aperçois soudain de la présence des grandes silhouettes sombres et floues au-dessus de moi. Quelques visages inquiets m'observent par-delà la surface. Je voudrais les étrangler les unes après les autres avec leur sollicitude stupide et déplacée, les envoyer valdinguer dans les airs en entrechoquant leurs crânes entre eux, puis les piétiner jusqu'a ce qu'ils ne soient plus que poussière.
Les fantasmes de massacres sanglants qui m'habitent me font prendre conscience que je suis loin d'être calmée. Mon besoin de sollitude est tel que j'aimerais qu'une armade d'écailles bleutées me collent la jambe droite à la gauche, que la peau de mes seins se plisse et rosisse jusqu'à ressemble à un coquillage, et que ma gorge de fende de délicates ouvertures branchiales. Mes orteilles se palmeraient et la sirène que je serais devenue enfoncerait les paroires de la piscine d'un coup de queue rageur. La plaine se transformeraient en gigantesque océan sans fond peuplé uniquement de poissons et de batraciens dont la conversation se limiterait à une floppée de bulles, et la vie serait alors un paradis liquide et rassurant.
Mais les silhouettes à la surface ne semblent pas décidées à me laisser le temps de mettre à execution mon plan de destruction de l'humanité au profit d'un monde nouveau et mouillé. L'une d'elles plonge sa main vers moi et saisi mon poignet levé en signe de protestation. Je suis tirée vers le haut , pusi hissée tel un gros sac sur le rebord carrelé de la piscine.